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L’impérialisme sous prétexte d’universalisme technologique
Qu’avons-nous fait de notre devenir ?
De nouveaux empereurs au statut quasi-divin
Nous les humains, avons laissé faire la domination non pas celle des robots, ni celle de l’intelligence artificielle, mais celle des entrepreneurs technologiques multi milliardaires qui se sont autoproclamés seuls aptes à diriger la société et le monde.
Nous les avons laissé devenir des empereurs du 21ème siècle tout puissants et imposer leur ordre. Un ordre post-démocratique.
Nous nous sommes laissé subjuguer par leur idéologie techno-fasciste, post-libérale de PDG-Empereur. En les laissant faire nous leur avons accordé un statut quasi-divin.
Ils ont déployé – sans résistance – leur stratégie consistant à transformer l’État en une filiale de leur infrastructure numérique.
Ils ont infiltré tous les domaines d’activité et toutes les chaines d’approvisionnement : défense, santé, éducation et une infinité d’autres encore.
Ils se sont introduits dans les organisations par un contrat initial modeste, voir en proposant des services gratuits, puis ils ont imposé leurs conditions d’utilisation et leurs tarifs qui n’avaient pour but unique que d’empêcher un retour arrière ou de passer à un autre fournisseur. Leur stratégie de verrouillage était parfaite. Ils ont créé de nouveaux monopoles : ceux de la surveillance à des fins civile et militaire, de la surveillance de masse et de celle personnalisée.
Empire technologique et décrédibilisation de la démocratie
Ils ont inventé le concept d’Empire Technologique qui a permis la refonte du fonctionnement de l’État démocratique puis sa disparition. Pour eux, l’État était obsolète car il constituait un frein à l’innovation technologique au service d’une élite incompétente et corrompue qu’ils devaient remplacer par une logique informatique.
La démocratie fut méthodiquement disqualifiée, tout comme les débats publics et les règlementations, jugés inutiles.
Cela permis de justifier le remplacement de l’État par une gestion algorithmique des affaires publiques et celui des agents de l’État par des logiciels et des agents IA. La régulation fut considérée comme diabolique pour la privatisation du secteur public afin qu’ils puissent opérer en toute liberté.
Les logiciels furent érigés en arme effaçant définitivement la frontière entre les usages civils et militaires des technologies numériques. L’intelligence artificielle devint une arme de dissuasion menaçant de destruction complète toute société qui ne se soumettrait pas aux produits des Empereurs de la Tech.
Colonisation des esprits et des corps
Les Empereurs firent du dogme de la croissance, de la sécurité et de la puissance, le vecteur de leur popularité.
Les Empereurs imposèrent leur souveraineté technologique en colonisant les esprits et les corps, anéantissant toute possibilité d’imaginaire autre que celle générée par leurs IA. Ils fusionnèrent le virtuel et le réel, abolissant les repères de chacun et rendant impossible la distinction entre le vrai et le faux tout en détruisant la crédibilité du réel et de la vérité factuelle.
Ils vendirent leur souveraineté à tous ceux qui ne pouvaient plus être souverains
Ils agirent en toute opacité alors que nous devenions de plus en plus transparent. Ils anéantirent le multiculturalisme et la diversité.
Dépourvus de sens moral, ils transformèrent leur soft power idéologique, leurs promesses de progrès et leurs récits de success stories en un hardpower contraignant embarqué dans des logiciels, des modèles de langages et des systèmes d’IA.
Sous prétexte d’automatisation, de rationalité économique et d’efficacité, les décisions prises à partir de données et de traitements algorithmiques devinrent une norme, une norme illébérale.
Les Empereurs eurent besoin d’ennemis pour jouir de leur puissance. Leurs boucs émissaires : le commun des mortels – les soumis, des humains jugés inutiles - et la Chine. Ils eurent besoin de conflits pour dominer, de pays à qui faire la guerre pour tester leurs infrastructures et pour s’imposer comme sauveurs et seule alternative possible.
Intelligence artificielle augmentée et humains chosifiés
Après l’intelligence artificielle, ils inventèrent l’intelligence augmentée pour transformer les humains en robots de chair et de sang, pour dominer le monde et l’espace en manipulant le sens des mots, en dénaturant les concepts philosophiques, en détournant la spiritualité pour décrire un avenir qu’eux seuls pouvaient faire advenir : un monde piloté par les données qu’ils avaient captées, pillées, volées, détournées, créées. Ils s’appuyaient également sur des armées de soldats logiciels autonomes supervisés par des centres de contrôle qu’ils pilotaient en faisant croire au pilotage automatique et autonomes par les entités concernées.
Ils créèrent des jumeaux numériques des personnes les condamnant à vivre en totale dépendance, dans des espaces virtuels immersifs sous leur contrôle. Isolés et stimulés en permanence par des injonctions électroniques, ces nouveaux êtres connectés sous perfusion informationnelle, oublièrent le réel et leur humanité, le goût de la discussion, de l’imagination, de la poésie et de l’action.
Les humains oublièrent le désir, d’être dans la vie et le mouvement, ils furent des followers dociles.
Le désir d’humanité se perdit dans une crise globale créée par l’hubris des géants de la tech qui érigèrent le productivisme, l’extractivisme et le capitalisme financier en valeur suprême. Cela entraina du mal être généralisé et du mal de vivre. Pour y répondre ils développèrent une économie de compensation en donnant l’illusion que la peur, la domination et la maltraitance pouvaient être compensées par la consommation d’applications informatiques et de contenus multimédias addictifs.
Ils substituèrent le désir d’être par une consommation de l’avoir.
Ils augmentèrent l’insatisfaction et la frustration des personnes par une consommation effrénée de solutions technologiques futiles conçues pour devenir rapidement obsolètes.
Jusqu’auboutisme technologique et parabole du déluge
Les Empereurs inventèrent la chosification de la nature, du vivant, du cosmos pour mieux les privatiser.
Ils brevetèrent toutes les cellules constitutives du vivant.
Après voir imposé la consommation d’organismes génétiquement modifiés (OGM), les semences furent intensément manipulées par des nouvelles techniques génomiques et de sélection. Cela permis la modification du génome des espèces vivantes (avec ou non insertion d’ADN étranger) pour les rendre plus ou moins résistantes et répondre à des caractéristiques qu’ils déterminèrent.
Personne ne fut pas épargné de la monoculture biologique et informatique.
Les humains mirent leur visage et leur apparence en conformité avec les dictats de l’intelligence artificielle, le corps étant devenu un actif comme un autre à optimiser et à promouvoir.
Les empereurs inventèrent entre autres, l’ingénierie de la conscience et de la spiritualité. Ils détruisirent le rapport poétique à la vie. Ils firent oublier l’importance du lien à la nature, à la Terre, à l’univers.
Leur véritable innovation consistait pour l’essentiel à inventer des solutions aux problèmes qu’ils contribuèrent à créer et à vendre des remèdes « IA » pour répondre à des crises systémiques en masquant leur origine et en déniant leurs responsabilités.
Ils détruisirent la reliance qui lie chaque humain entre eux mais aussi entre les générations passées et futures.
La monoculture informatique déclinée à l’infini en une monoculture de l’intelligence artificielle fut tout aussi destructrice de la biodiversité humaine, culturelle et sociétale que celle de la monoculture agricole pour la biodiversité des espèces et de l’environnement.
Ils transformèrent la foi en l’humanité en la foi en la technologie.
Les Empereurs de la Tech furent la version jusqu’auboutiste de l’impérialisme et du colonialisme sous prétexte d’universalisme technologique.
Nous les humains, si nous ne sommes pas déjà complètement et définitivement chosifiés, plutôt que t’attendre une hypothétique fin du déluge de l’IAfication de la société, contribuons à construire une arche de salut en nous efforçons individuellement et collectivement, de faire humainement œuvre de lucidité avant qu’il ne soit définitivement trop tard.
A minima nous devrions nous questionner sur :
- la finalité des produits technologiques que nous consommons,
- les intentions de leurs propriétaires, fournisseurs et prescripteurs,
- la vision du monde et le projet de société qu'ils servent.